J’ai ardemment désiré m’identifier à une œuvre,
pour avoir une valeur aux yeux du monde.
Mais j’ai aussi vu le leurre, puis le piège,
d’une telle prise de position.
Celui d’un nom qui emprisonne autant qu’il consacre.
Ce n’était pas tant pour laisser l’œuvre libre de vivre par elle-même.
C’était d’abord pour échapper à cette emprise,
ce réflexe de possession.
Et puis, avec le temps, j’y ai vu autre chose.
J’ai habité autrement cette posture.
Je me suis souvenue de la métaphore du carrosse.
Et j’ai clairement vu que nommer, s’approprier, signer,
c’est parfois dérober ce qui appartient au collectif.
C’est aussi une manière de mettre le collectif à son service.
De le réduire à une fonction.
Tout est fonctionnalisé aujourd’hui,
jusqu’à ne plus voir la dimension sensible, vivante.
Les liens,
la nature,
le collectif,
sont perçus comme pouvant être potentiellement,
dangereusement,
serviables,
manipulables.
Je finis par voir le collectif comme un trop plein
vidé de son essence.
Et je choisis, en toute conscience, de renoncer à mon nom,
pour que les graines déposées y soient fertiles.
Je ne signe pas, je sème.
Et ce que je sème ne m’appartient déjà plus.
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